Des exploitants malgaches se dressent contre un projet minier australien
Des exploitants malgaches se dressent contre un projet minier australien

Des exploitants malgaches se dressent contre un projet minier australien

Publié le : 28/02/2019 – 02:28Modifié le : 28/02/2019 – 07:59

Texte par : RFI

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Dans le sud-ouest du pays, bras de fer entre une entreprise minière et une partie de la population locale. La construction des premières infrastructures pour extraire l’ilménite devrait débuter à la fin de cette année. Si et seulement si l’entreprise obtient l’aval de toute la population locale. Or certains habitants refusent de céder leurs terres à la multinationale australienne. Hier, un collectif regroupant ces irréductibles petits exploitants s’est rendu dans la capitale pour faire entendre leur voix.

Vingt ans se sont écoulés entre la découverte du gisement d’ilménite aux alentours de Tuléar et les prémisses des premiers forages. Entre temps, les permis de recherche, d’exploitation et le fameux permis environnemental ont été délivrés par les autorités malgaches. Théo Rakotovao, chanteur originaire de la zone impactée, a mis sa notoriété au service de la cause et s’est fait le porte-parole de la lutte contre ce projet minier.

« Cette terre, elle est à nous ! »

« C’est inacceptable qu’il y ait des étrangers, qui viennent chez nous pour piller notre richesse ! Cette terre, elle est à nous ! Quand le peuple malgache coupe les arbres, on lui tombe dessus en disant « ah non ! Protection de la forêt ! Fais attention, c’est pas bien ! » Mais quand il y a des multinationales avec des bulldozers, la radioactivité, des déversements chimiques, là, plus rien ! Mais ils sont où les WWF, les Madagascar National Parks, et toutes les ONG internationales ?! C’est pas dangereux ça ?! »

Marcel Tsiampy est éleveur-cultivateur à Benetse, un village dans le périmètre impacté par la future mine. « En 2006, on m’a proposé 300 000 ariary [ariar] (soit 76 euros) par hectare. Mais j’ai refusé, toujours, même s’ils sont revenus souvent. Début 2019, j’ai été élu président d’une association de défense de l’environnement ; ils m’ont proposé 60 millions d’ariary (15 200€) et j’ai encore refusé : si on me prend mes 15 hectares de terre, comment vais-je faire vivre ma famille ? Je suis contre cette exploitation minière et je lutterai jusqu’au bout. »

« On essuie les erreurs commises »

« Jamais on n’a essayé de corrompre qui que ce soit », se défend le service de communication de Base Toliara, la multinationale qui a racheté le projet minier en janvier 2018. Avant de concéder qu’il est normal que le mélange « mines + entreprise étrangère + passif de corruption » puisse faire peur. « On essuie les erreurs commises dans le passé par les quatre sociétés qui ont tour à tour géré le projet, et l’absence de communication et de pédagogie », précise-t-on encore.

Toutefois, si la société australienne admet que ces individus sont un véritable problème pour l’avancement du projet, « même s’ils ne représentent qu’une petite minorité », elle ne désespère pas de convaincre les derniers récalcitrants, en montrant notamment l’effet positif de la création d’emplois pour cette zone qui subit de plein fouet le chômage des jeunes. De leur côté, les représentants des éleveurs, cultivateurs et pêcheurs ont demandé à rencontrer les ministres des Mines et de l’Environnement pour plaider leur cause. Ils espèrent ardemment que le président Andry Rajoelina pour lequel ils ont voté massivement dans la région Atsimo-Andrefana, pourra faire annuler les permis délivrés à la société australienne. Une affaire à suivre.

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